La face cachée du miroir – Partie 2

Kiko - Conversations avec Céleste

Photos par Orion
Direction artistique par Orion et Céleste

Céleste: Quels pronoms utilises-tu?

Kiko: Honnêtement, j’y réfléchis. Parce que j’ai l’impression que quand on dit elle/iel, les gens finissent souvent seulement par utiliser elle. Je suis non-binaire, mais appelle-moi comme tu veux. Je préfère iel.

Céleste: Alors, c’est quoi ton travail? Et bien dans ce cas, quels sont tes emplois? 

Kiko: Je travaille pour mon université, mais je vais quitter cet emploi bientôt. Je suis danseuse nue dans un bar. Je vais commencer un stage avec un centre d’artistes en janvier, j’ai tellement hâte. C’est quelque chose que j’ai toujours voulu et puis finalement ça arrive. Et aussi, la résidence au musée des Beaux-Arts. J’ai le sentiment que finalement tous les efforts que j’ai mis dans ma carrière résultent en des choses concrètes.

Céleste: Je suis vraiment contente pour toi! Question suivante.

Kiko: Ah oui, attends je n’ai pas fini! Je suis aussi musicienne, je fais des contrats ou des petites vidéos, des projets audiovisuels. Je fais également des spectacles de temps en temps. 

Céleste: Voilà, c’est ça qui manquait! Je sentais qu’on oubliait une grande partie. C’est quoi ton parcours scolaire? 


Kiko: J’ai émigré ici quand j’avais 10 ans. Après, j’ai appris le français en classe d’accueil. Puis après cela, je suis allée dans une école secondaire privée de filles et c’était très strict. J’ai continué au cégep dans une école privée, donc j’ai pas mal toujours été dans des écoles privées. Même en Chine, à l’école primaire, j’allais dans une école privée et là-bas, le système d’éducation est vraiment brisé. Même dans une école privée qui était supposée être avant-gardiste et éthique, mais ils punissaient physiquement quand même les élèves qui ne faisaient pas leurs devoirs; ce qui est vraiment illégal ici. Quand j’étais au cégep, j’étais en art, lettres et communication et en musique jazz. Maintenant, je suis à l’université en musique numérique (électro acoustique). J’étudie aussi le cinéma, mais je ne crois pas que je vais continuer, je veux me concentrer sur la musique. Veux-tu du thé?

Céleste: Oui, bien sûr.

Céleste: Quels sont tes passe-temps?

Kiko: J’aime beaucoup passer du temps avec mes ami.e.s, regarder des films, écouter de la musique, bien sûr, aller fripper. J’ai tellement de passe-temps, mais honnêtement ces temps-ci avec le travail, il y a moins de temps dédié à mes passe-temps. Aussi, j’aime beaucoup passer du temps seule, avec moi-même, ça fait différent qu’au travail. 

Céleste: C’est quoi tes passions?

Kiko: la musique et l’art, l’art du son, les arts visuels, tous types d’arts!

Céleste: Qu’est-ce que la décriminalisation du travail du sexe changerait dans ta vie? 

Kiko: Honnêtement, je crois que ça changerait beaucoup de vies. J’y pensais ces temps-ci justement et pourquoi les gérants des bars de danseuses sont autant merdiques? Puisqu’il n’y a pas de règles, ce n’est pas vraiment réglementé, les gens qui font les règles et bien, c’est les gérants des bars. Généralement, ce ne sont pas les personnes les plus empathiques, et les règles changent souvent. C’est un environnement dans lequel ça devient difficile de travailler, parce qu’on n’a pas de protection ou de sécurité face à notre emploi. Toi tu en penses quoi? 

Céleste: Je suis d’accord avec toi et la décriminalisation en général du travail du sexe rendrait le travail plus sécuritaire et on pourrait avoir moins peur de la police, des proxénètes, des clients, des gérants, des grosses entreprises, etc. Idéalement, on aurait accès à plus de ressources pour nous permettre de faire notre travail sans trop de dangers. Est-ce qu’il y a un message que tu aimerais dire aux gens qui ne sont pas dans l’industrie du sexe?

Kiko: Je suis certaine que ce n’est pas la même chose pour toutes les sortes de travail du sexe, mais concernant la danse, souvent les gens pensent que c’est de l’argent facile, et les gens qui ne font pas ce genre de travail vont s’attendre, selon mon expérience, à ce qu’on paye pour leur repas, par exemple. Je suis vraiment généreuse dans la vie et j’aime partager avec mes amis, mais ce n’est pas de l’argent facile; tout à un prix. Et si je veux me gâter, ça me regarde, mais ils n’ont aucun droit sur mon argent. De plus en plus, je trouve des amies qui sont danseuses et/ou travailleuses du sexe et je me sens mieux comprise. Je crois que le monde extérieur devrait en apprendre plus sur comment ça fonctionne. Il y a tellement de stigmas par rapport à ce genre de travail, que je ne dis pas à tout le monde où je travaille, mais c’est littéralement un travail.

Céleste: Dernière question, pourquoi étais-tu intéressée à faire ce photoshoot?

Kiko: Moi ça m’intéresse parce que j’ai l’impression qu’il n’y a pas énormément de gens qui sont informés par rapport à ce monde là et je crois que c’est important de le démystifier pour avoir un peu plus d’empathie de la part des gens qui n’y sont pas vraiment familier. Aussi, je pense que mes réflections peuvent aider, ou pas, et amener des connexions avec des gens qui sont dans l’industrie. 

Céleste: Merci Kiko!!