Danseuse.rs en grève pour l'abolition du service bar

Par Adore Goldman et Kit Keli

P132-2-D092-007, (s.d.), Ville de Montréal - section des archives, Patricia Ling, (P132-2-D092-007).

Le 5 mai dernier, le Comité autonome du travail du sexe (CATS) a tenu une assemblée militante de travailleuse.rs du sexe (TDS) sur l’organisation en milieu de travail. Très populeuse, cette rencontre a suscité beaucoup d’enthousiasme chez les participant.es. Toutefois, un constat est ressorti: il est nécessaire de préciser notre stratégie si nous voulons aller plus loin et rallier davantage de collègues à notre projet de syndicalisation.

C’est pourquoi nous tenterons ici d’élaborer les bases d’une campagne qui pourraient servir à organiser les différents strip clubs montréalais autour d’une stratégie commune: demander l’abolition du service bar1. Nous avons choisi de nous concentrer sur les bars de danseuse.urs puisque nous y travaillons toutes les deux. Par contre, nous pensons qu’une autre revendication commune pourrait être adoptée par les masseuse.urs pour se syndiquer.

Le service bar a historiquement été un moyen de réprimer les mobilisations des strippers, et il est donc nécessaire de l’abolir. Pour ce faire, nous exposerons notre stratégie pour l’atteinte de ce but qui culmine par la grève, un moyen qui a été mis de l’avant dans toutes les syndicalisations de strip clubs jusqu’à ce jour.

La petite histoire du service bar

Le service bar est vu par plusieurs danseuse.rs comme un gage de liberté: on paie pour travailler et, en échange, on est maître de son horaire. C’est pourtant de moins en moins vrai si ça l’a déjà été. Plusieurs bars exigent désormais que les nouvelles fassent un quart en  semaine  avant de pouvoir travailler la fin de semaine. On ne choisit pas ses heures; il faut souvent rester jusqu’à la fermeture, à 3 heures du matin. Un club à Montréal exige même aux danseuse.rs de booker leur horaire plusieurs mois d’avance. Caller malade est aussi difficile dans bien des bars.2 On est loin du travail autonome où on peut travailler quand bon nous semble.

Le fait est qu’on est bel et bien pris.es dans un rapport de pouvoir employeur/employé.e, et que le modèle du service bar profite seulement aux boss. En effet, ils ont tout avantage à faire rentrer un maximum de danseuse.rs par soir pour maximiser leur profit. Pour ce qui est de notre sécurité, nos employeurs se sentent bien peu concernés et nous laissent gérer nous-mêmes.

Les strip clubs n’ont pas toujours fonctionné ainsi au Canada et aux États-Unis. Faire l’historique des transformations de leur fonctionnement nous permet de comprendre comment le service bar a émergé en réaction aux luttes des travailleuse.rs et comment cette histoire peut informer nos stratégies futures.

Nous avons parlé à Nicole Nepton, qui a travaillé dans les années 1980 et 1990 dans les bars de danseuses au Québec et en Ontario et qui a milité pour les droits des TDS. À l’époque, le modèle du salariat prévalait encore: les travailleuse.rs recevaient un salaire horaire et elles faisaient des danses aux tables au coût de 5$, dont iels conservaient la somme entière. Contrairement à ce qu’on peut penser, les horaires étaient souvent plus flexibles qu’aujourd’hui: «Si ça ne faisait pas ton affaire, tu partais!», raconte-t-elle.

Mais au tournant des années 2000, les luttes des danseuses allaient forcer le patronat à se réorganiser. En effet, en 1997, le Lusty Lady à San Francisco est devenu le premier bar de danseuses à se syndiquer en Amérique du Nord. Suite à leur victoire historique, elles ont entrepris une campagne de syndicalisation à travers les États-Unis et ont racheté leur établissement pour en faire une coopérative de travail.

Il n’est pas anodin que ce soit à ce moment qu’est arrivé le modèle du service bar. Selon nos recherches, il s’est introduit progressivement au début des années 2000. Une collègue qui danse depuis vingt ans se souvient qu’à l’origine, il s’agissait d’un montant forfaitaire versé au bar et qui remplaçait le pourboire à payer sur les consommations. Puis, les patrons se sont appropriés ce montant, en plus d’ajouter l’obligation de tipper le doorman et le DJ. Déjà, en 2004, une danseuse du nom de Cindy décrivait ces changements dans un texte, disant regretter «le bon vieux temps»3 du salaire: 

Nous sommes trop nombreuses à travailler en même temps dans le même établissement, nous n’avons aucun salaire de base, nous sommes obligées de payer pour travailler et nous n’avons aucun accès aux mesures de protection sociale telles que les normes du travail, la Commission de la santé et sécurité au travail (CSST), l’assurance chômage, etc. Notre métier est bien mal jugé et nos conditions pourraient définitivement être améliorées. Dites-moi, c’est pour quand la syndicalisation des danseuses nues ?4

Vingt ans plus tard, nous pensons comme elle qu’il est grand temps de prendre notre syndicalisation en main, et que l’abolition du service bar devrait être une revendication centrale.

Passer à l’offensive

Nous proposons que l’abolition du service bar soit la pierre angulaire d’une campagne de syndicalisation dans les strip clubs montréalais. Ainsi, nous pourrons créer des syndicats autonomes dans nos clubs respectifs, tout en partageant une revendication commune qui nous unit dans notre lutte contre le management dans les différents milieux de travail.

Il s’agit également d’une stratégie offensive: plutôt que d’être toujours en réaction face aux abus patronaux, nous pouvons passer à l’action selon notre propre agenda. Cela nous donne l’avantage stratégique d’être préparé.es à l’avance et de garder le contrôle du calendrier.

Il s’agit aussi une première étape vers le retour au salaire horaire que nos prédecesseur.es ont perdu. Le but est de sortir de l’illusion du travail autonome pour rendre l’employeur imputable. Pour aller chercher un salaire, mais également ce qui vient avec: la sécurité au travail, les normes de salubrité, les droits de base comme les arrêts maladie, etc. 

Le syndicat permettrait également d’aller clarifier et fixer la liberté d’horaire que nous voulons:  dans un contrat de convention collective, un syndicat fort peut obtenir ce qu’il veut. Cela empêche que les règles changent arbitrairement au gré des humeurs patronales.

S’il est difficile d’y croire, c’est parce que les luttes des travailleur.ses ont été faibles dans les dernières décennies, et que les centrales syndicales ont opté pour une approche de compromis, tempérant toujours les ardeurs des travailleuse.rs en quête de meilleures conditions de travail. Mais cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas créer nos propres syndicats autonomes qui pourraient faire les choses différemment, en adoptant une posture de rupture radicale plutôt que de servir de médiation entre la base et le patronat. Ou pour le dire autrement, un syndicat qui est lui-même constitué de la base.

Ne pas agir seul.e

À notre avis, la première étape pour les TDS qui veulent se syndiquer dans leur milieu de travail est de commencer à agir collectivement. Cela ne veut pas dire qu’il faut faire l’unanimité, ce qui empêcherait de faire toute avancée. Parler de politique au travail créera inévitablement des tensions. Mais pour agir, il faut être une masse critique, qui peut rester minoritaire, mais suffisamment forte pour faire peur au patronat.

Il faut donc commencer par se trouver des allié.es. Au départ, deux ou trois personnes peuvent suffire. Le but est de former un petit comité pour lancer la campagne. Afin de se sentir moins seul.es, nous proposons que le CATS serve d’espace pour parler de stratégie et mettre en commun les outils de mobilisation (tracts, affiches, etc.). Par la suite, on est prêt.es à parler à nos collègues et faire connaître nos revendications.

Ne pas agir seul.e est essentiel, car dès qu’on commence à discuter de syndicalisation dans un milieu de travail, on s’expose au backlash. En étant plusieurs à la base et en tissant des liens avec des travailleuse.rs d’autres milieux de travail, on s’assure que des actions de solidarités puissent être entreprises en cas de renvois ou de représailles. C’est notre meilleure protection contre les ripostes des employeurs. Les deux strip clubs qui se sont syndiqués aux États-Unis, le Lusty Lady et le Star Garden, ont fait face à des renvois. Mais c’est précisément ce backlash qui a soudé la solidarité entre danseuses et qui a mené à l’obtention d’une première convention collective.

Dessin par Misss Bisous

Se préparer à passer à l’action

Nous reconnaissons que chaque syndicat aura des capacités différentes à porter différents types d’action, alors en préparation, les travailleuse.rs doivent collectivement décider quelles actions sont les meilleures pour elleux. Les préparations à l’action seront toujours uniques à chaque cas tout en suivant rarement un calendrier linéaire comme celui suggéré ci-dessous, mais elles tendent à suivre la formule suivante:

    1. Invitez les travailleuse.rs à une rencontre syndicale pour discuter des injustices et proposer des actions possibles pour résoudre ces problèmes.
    2. Laissez-vous le temps de rallier davantage de support d’allié.es et de travailleuse.rs qui sont indécis.es, créez du matériel de mobilisation et organisez un système d’entraide militant entre travailleuse.rs
    3. Convoquez une autre réunion pour voter sur:
    4. Quelle action entreprendre et,
    5. Pour ou contre cette action; considérez décider la date de cette rencontre à la première réunion alors que tout le monde est réuni.
    6. Votez!
    7. Préparez un plan d’action selon ce que vous avez voté; considérez les réactions possibles de l’employeur à ce plan et comment les combattre, tout en finalisant vos demandes.

Avant d’atteindre un stade d’action comme la grève, les travailleuse.rs peuvent vouloir essayer d’autres méthodes d’actions, incluant la négociation avec l’employeur. Faites attention de ne pas annoncer les plans de syndicalisation sans avoir de plan d’action pour assurer que votre employeur n’ait pas le temps de remplacer les travailleuse.rs militant.es par des scabs5. Toutefois, les efforts d’organisation ne peuvent pas être gardés complètement secrets pour éviter de créer des tensions avec les travailleuse.rs qui seraient indécis.es et qui pourraient vous accuser de faire des cachoteries et de comploter sans elleux.

Négociations collectives

La négociation avec l’employeur vient avec son lot de risques qui doivent être pris en compte. Entre autres, les travailleuse.rs les plus militant.es doivent s’assurer de ne jamais parler individuellement avec l’employeur ou en petit groupe. Cela rend ces travailleuse.rs vulnérables à être renvoyé.es ou maltraité.es par l’employeur qui tenterait d’éradiquer les activités syndicales.

Toutefois, vous pouvez considérer d’autres options, qui n’auront pas le même effet de levier que la grève, mais qui peuvent tout de même être considérées par votre syndicat.

    1. Pétition/Lettre collective – Les travailleur.ses militant.es peuvent écrire une pétition ou une lettre demandant l’abolition du service bar et la faire signer par celleux qui supportent, les noms de danseuse.rs sont suffisants. La lettre ou la pétition devrait demander qu’une réponse soit affichée dans les vestiaires ou dans un espace commun dans un délais de X jours, et menacer de faire la grève si cette demande n’est pas répondue dans ce délais. Un.e allié.e préférablement quelqu’un.e qui n’est pas reconnaissable par l’employeur peut aller porter une copie de la lettre et les signatures pour le syndicat jusqu’à la boîte aux lettres ou autre. Cette stratégie est plus efficace si un nombre significatif de travailleuse.rs supportent le syndicat puisque l’employeur va avoir une liste des travailleuse.rs militant.es, les laissant vulnérables aux abus et aux mauvais traitements.
    1. Réunion surprise – Confronter son employeur sans avertissement peut être une stratégie efficace, mais cela doit être effectué par un grand nombre de personnes présentes sur le quart de travail pour en assurer le succès. Soyez prêt.es à défendre votre cas en tant que collectif. Menacer de quitter le travail peut être un levier essentiel dans cette confrontation. Les danseuses syndiquées du Lusty Lady à San Francisco ont utilisé cette stratégie avec succès pour revendiquer la réembauche d’une danseuse injustement licensiée. Cette stratégie identifie aussi les travailleuse.rs militant.es, les laissant vulnérables aux abus et aux mauvais traitements.

Compte-tenu du risque de révéler le force militante, les travailleuse.rs syndiqué.es devraient considérer prudemment et collectivement toute tentative de négociation avec l’employeur, surtout dans le cas des personnes plus marginalisées qui sont davantage sujettes aux abus patronaux.

Toutefois, dans le cas d’une réponse envenimée de la part de l’employeur à un type d’action syndicale plus «raisonnable» et «acceptable», comme une pétition, les travailleuse.rs indécis.es par rapport au syndicat pourraient se rallier à le supporter. Nous voulons dire que la négociation collective peut être plus utile comme outil de mobilisation pour les travailleuse.rs. Certain.es travailleuse.rs peuvent être hésitant.es à se lancer la tête la première dans une action comme la grève, mais après qu’iels se soient rappelé.es à nouveau de la nature abusive de l’employeur, cela peut amener un vent d’énergie et de support au syndicat.

 

Négocier peut fonctionner, mais ce ne sera probablement pas efficace sans avoir bâti un rapport de force à travers des actions offensives. C’est toujours une possibilité, mais, compte-tenu de l’historique des négociations syndicales nous reconnaissons que ce n’est pas l’issue la plus réaliste, surtout dans le contexte d’une industrie abusive comme l’industrie du sexe. La négociation collective devrait plutôt être considérée après une action, comme une grève, ce qui incite l’employeur à négocier et qui nous donne un levier dans la négociation.

La grève, une stratégie efficace

Une grève est quand des travailleuse.rs syndiqué.es, que ce soit de façon formelle ou autonome, refusent de travailler dans le but d’obtenir un rapport de force dans les négociations avec l’employeur. Très simplement, un collectif de travailleuse.rs qui décide de ne pas se présenter au travail jusqu’à ce que leurs demandes soient acceptées est considéré comme une grève. Même si la grève est souvent considérée comme controversée dans les syndicats traditionnels, c’est une stratégie très efficace quand les travailleuse.rs sont bien préparé.es et autonomes. C’était une étape essentielle dans la syndicalisation à la fois du Lusty Lady et du Star Garden.

Dans le cas du travail du sexe et des syndicats autonomes, les centrales syndicales ne nous représentent pas ou ne nous reconnaissent pas comme des travailleuse.rs; cela nous donne l’avantage doux-amer d’éviter les failles bureaucratiques des lois du travail canadiennes et québecoises qui permettent aux employeurs de forcer les travailleuse.rs à retourner au travail. Cette position ambiguë assure aux strippers cette opportunité unique de faire la grève sans avoir recours au code du travail.

Reprendre le produit ou le service à l’employeur est un moyen de pression crucial que garantit la grève dans la négociation avec l’employeur. Comme les danseuses du Lusty Lady à San Francisco l’explique: «[Votre employeur est] totalement impuissant si le “produit” qu’il essaie de vendre est en dehors du club en train de brandir des pancartes au lieu de grinder et de twerker en dedans».6 Si les clients venaient vraiment au strip club seulement pour un verre, ce serait seulement un bar normal.

Lors de votre mobilisation – aussi connue sous le nom d’organisation ou pour le dire simplement, les étapes menant à la grève – faites attention de ne pas être trop vocales.ux de vos plans trop tôt. À un certain point, vous allez devoir partager vos plans avec les travailleuse.rs moins militant.es pour élargir la solidarité, mais cela vient avec le risque d’exposer vos plans de grève. Alors, c’est une bonne pratique de ne pas menacer de faire la grève trop en avance. L’élément de surprise assure que votre employeur ne va pas embaucher des scabs pour vous remplacer. Coordonner le plan de grève avec les autres syndicats de la ville est une autre stratégie pour combattre les scabs tout en encourageant la solidarité. Trouvez vos allié.es et ne parlez pas de vos plans aux DJs, aux serveur.ses ou aux autres employé.es qui ne sont pas des danseuse.rs. Soyez prudent.es avec les personnes qui ont une tendance à la délation. 

Peu importe comment se déroule la grève, il y a indéniablement un avantage à faire la grève comme syndicat autonome, un avantage dont on doit se prémunir!

Autres méthodes d’action directes en milieu de travail

Il y a plusieurs variations de la grève traditionnelle, dont certaines peuvent intéresser votre syndicat, ou peuvent être utiles lors d’une grève. Ces actions peuvent demander une démonstration d’appui de la part d’autres danseuse.rs ou d’allié.es pour être efficaces. Votre syndicat peut considérer faire du piquetage, un ralentissement de travail, des journées de maladie collectives et/ou des dénonciations publiques selon la conjoncture de votre grève. Pour plus de détails sur ces actions spécifiques, vous pouvez voir le guide produit par The Exotic Dancers’ Union’s, No Justice, No Piece! A Working Girl’s Guide to Labour Organizing in the Sex Industry7 et/ou le site web du Industrial Workers of the World’s (I.W.W.)8.

Conclusion

L’abolition du service bar serait instrumental aux efforts du mouvement pour les droits du travail des strippers au Canada, rapprochant les danseuse.rs canadien.nes de leurs prédecesseur.es qui recevaient un salaire horaire en plus de l’argent des danses et du tip. L’abolition d’un service bar toujours plus cher a le potentiel d’assurer un changement matériel pour les strippers, qui est essentiel pour combattre la précarité économique dans l’industrie du sexe. Nous appelons les clubs de soi-disant Montréal, du Québec et du Canada à créer collectivement des syndicats autonomes et à revendiquer l’abolition du service bar.

Avec un syndicat autonome qui opère en dehors des lois du travail canadiennes et québécoises, nous croyons fermement que la façon la plus efficace d’atteindre cette demande est de faire la grève. Les strippers ont l’opportunité unique de faire fermer leur club efficacement et d’atteindre le levier de négociation typiquement garanti par la grève, sans recours aux contraintes des lois du travail.

Ce texte sert d’appel à l’action chez les danseuse.rs dans les mois à venir pour s’organiser autour d’une revendication commune de l’abolition du service bar. En solidarité et en pouvoir, travailleur.ses du sexe, unissez-vous!

1. Le service bar est un montant forfaitaire que paie les danseuse.rs pour travailler dans un club. La coutume exige également de tipper le DJ et le doorman.

2. Cherry Blue. (2025). Enquête: les conditions de travail dans les strip clubs montréalais, CATS Attaque!, cinquième édition.

3. Cindy. (2004). À quand la syndicalisation des danseuses nues au Québec, Travail du sexe.

4. Ibid.

5. Travailleuse.rs embauché.es pour remplacer les travailleuse.rs en grève, ce qui éradique efficacement le rapport de force gagné par la grève. Les scabs sont aussi appelés des briseurs de grève.

6. Exotic Dancers Union SF. (1998). No Justice, No Piece! A Working Girl’s Guide to Labour Organizing in the Sex Industry, p.33, self-published.

7. Ibid.

8. Industrial Workers of the World. (2016). A Worker’s Guide to Direct Action.