Grève du travail du sexe - 23 mai - On contre-attaque!
Depuis notre première rencontre en 2019, nous nous réunissons chaque mois pour discuter de nos conditions de travail. Le CATS est un espace pour ventiler, s’organiser et résister collectivement contre la gestion abusive — licenciements injustes et arbitraires, conditions de travail insalubres, harcèlement et discrimination de la part de la direction, violence en milieu de travail. Nous en avons assez ! Il est temps de passer à l’action !
Au cours de l’hiver 2024, les membres du CATS se sont réunis pour élaborer une stratégie visant à mobiliser nos collègues dans nos espaces de travail. Pour la plupart d’entre nous, cela signifiait les strip clubs ou les salons de massage. Nous avons décidé de commencer par un zine, que certains d’entre vous connaissent peut-être, intitulé Travailleuse.rs du sexe, unissons-nous! Un manifeste sur l’organisation en milieu de travail. Ce zine se voulait un guide pratique et accessible sur l’organisation en milieu de travail, et ce, en tant que TDS, et nous le considérions comme la première étape vers une discussion plus approfondie sur l’organisation. Nous avons lancé le zine au printemps suivant, en 2025, au cours duquel nous avons organisé une assemblée des TDS pour discuter des griefs sur nos milieux de travail.
Malgré le succès de l’événement, nous avons reçu des critiques très valables selon lesquelles nous devrions offrir aux gens une prise pour mettre leur canaliser leur énergie; il était clair que les personnes présentes cherchaient un effort d’organisation dans lequel diriger leur colère et leur passion. Ce fût un moment passionnant pour nous, car il semblait que les personnes souhaitaient transformer leur résistance individuelle en un mouvement collectif. L’été et l’automne 2025 ont été consacrés à définir ce à quoi pourrait ressembler ce mouvement collectif. Nous savions qu’il y avait beaucoup de travail avant de pouvoir espérer que les clubs et les salons forment chacuns des syndicats autonomes et votent à leur participation ou non à des actions, bien que ce soit un modèle auquel nous aspirons. Nous voulions commencer par 1. la création d’une communauté et 2. un appel à l’action.
C’est ainsi que nous avons eu l’idée d’organiser des ateliers mensuels en vue d’appeler à la grève pendant la fin de semaine du Formule 1 2026 à Montréal (également connue sous le nom du Grand Prix de Montréal), et ce, en parallèle avec les activités habituelles du CATS, comme nos réunions mensuelles et le lancement annuel de notre magazine. L’hiver et le printemps 2026 seront riches en événements organisés par le CATS, axés sur la rencontre d’autres TDS intéressé.es par l’organisation et sur les discussions stratégiques pour mettre en œuvre cette approche dans nos milieux de travail respectifs. Nous constatons déjà que nos collègues sont inspiré.es et élaborent des stratégies au-delà de la F1. La grève prévue n’est qu’un objectif parmi d’autres dans une lutte beaucoup plus vaste et plus longue pour que les TDS soient reconnu.es comme des travailleuse.rs et bénéficient des droits humains fondamentaux et des droits du travail. Nous espérons que vous vous joindrez à nous pour faire les premiers pas vers la revendication des droits que nous méritons!
Dans les strip-clubs:
Nous demandons l’abolition du service bar.
La première étape consiste à sortir de l’illusion que nous sommes des travailleuse.rs autonomes. En réalité, nous avons un employeur, et il a l’obligation légale de nous offrir des conditions de travail sécuritaires, comme dans n’importe quel autre emploi.
Nous joignons nos voix au mouvement international des travailleuse.rs du sexe et demandons la décriminalisation complète du travail du sexe au Canada.
Le service bar est vu par plusieurs danseuse.rs comme un gage de liberté: on paie pour travailler et, en échange, on est maître de son horaire. C’est pourtant de moins en moins vrai — si ça l’a déjà été. Plusieurs bars exigent désormais que les nouvelles fassent un quart en semaine avant de pouvoir travailler la fin de semaine. On ne choisit pas ses heures; il faut souvent rester jusqu’à la fermeture, à 3 heures du matin. Un club à Montréal exige même aux danseuse.rs de booker leur horaire plusieurs mois d’avance. Caller malade est aussi difficile dans bien des bars. On est loin du travail autonome où on peut travailler quand bon nous semble.
Le fait est qu’on est bel et bien pris.es dans un rapport de pouvoir employeur/employé.e, et que le modèle du service bar profite seulement aux boss. En effet, ils ont tout avantage à faire rentrer un maximum de danseuse.rs par soir pour maximiser leur profit. Pour ce qui est de notre sécurité, nos employeurs se sentent bien peu concernés et nous laissent gérer nous-mêmes.
Historiquement, nous n’avons pas toujours dû payer ces frais : ce n’est qu’à partir des années 2000 que les danseuses à Montréal ont dû commencer à payer pour pouvoir travailler. Ce frais, arbitraire dès sa création, n’a cessé d’augmenter au fil du temps.
Alors que les strip-clubs attirent de moins en moins de clients, il est évident que nous maintenons ces établissements à flot avec notre propre argent, tout en restant entièrement remplaçables aux yeux de la direction.
Il s’agit aussi une première étape vers le retour au salaire horaire que nos prédecesseur.es ont perdu. Le but est de sortir de l’illusion du travail autonome pour rendre l’employeur imputable. Pour aller chercher un salaire, mais également ce qui vient avec: la sécurité au travail, les normes de salubrité, les droits de base comme les arrêts maladie, etc.
En tant que danseuse.rs, nous sommes considéré.es comme des travailleuse.rs indépendant.es, ce qui signifie que, sur papier, nous sommes traité.es de la même manière qu’un plombier indépendant que vous engageriez pour effectuer des réparations chez vous. Ce plombier, également considéré comme un travailleur indépendant, reçoit son revenu directement du client, établit son propre emploi du temps, détermine la durée de ses journées de travail, fournit son propre matériel et peut travailler pour plusieurs clients à la fois.
Vous commencez peut-être à comprendre en quoi le statut d’entrepreneur indépendant d’un.e danseuse.rs ne correspond pas au travail que l’on effectue. En tant que danseuse.rs, nous sommes soumis.es à des exigences de notre direction. Si elle nous demande de travailler trois fois par semaine, nous le faisons. Si elle nous demande de nous mettre entièrement nu.es sur scène, nous le faisons. Si elle nous dit que nos talons sont trop courts, nous en achetons des plus hauts, car sinon, nous perdrons notre emploi. Le plombier entrepreneur indépendant n’est responsable que devant lui-même, tandis que la danseuse.r entrepreneur.e indépendant.e est responsable devant la direction du club, au détriment de son emploi.
Une grève, c’est quand les travailleuse.rs refusent de travailler afin de mettre de la pression sur leur employeur dans le cadre de négociations. C’est un outil de négociation puissant: les travailleuse.rs décident collectivement de ne pas se présenter au travail jusqu’à ce que leurs revendications soient satisfaisantes. Même si certaines organisations syndicales formelles voient la grève comme une action controversée, c’est une stratégie efficace lorsque les travailleuse.rs sont bien préparé.es et agissent de manière autonome. Les grèves ont toujours été cruciales dans les processus de syndicalisation des strip-clubs, comme au Lusty Lady et Star Garden.
En retirant «le produit» ou le service que l’employeur vend, on retire son levier économique principal. Comme le disaient les danseuses du Lusty Lady à San Francisco: «Ton patron est totalement impuissant si le ‘produit’ qu’il essaie de vendre est dehors avec une pancarte au lieu d’être à l’intérieur en train de danser.» Si les clients venaient vraiment au club pour un simple verre, ils iraient dans un bar ordinaire.
Dans le contexte d’une grève générale des travailleuse.rs du sexe, nous nous inspirons de la grève des chauffeur.ses Uber aux États-Unis en 2018, à l’issue de laquelle iels ont finalement obtenu le statut de «travailleuse.rs» au lieu de «prestataires indépendant.es». Après les efforts d’organisation de nombreuses personnes, la Cour suprême a statué en février 2021 que les chauffeur.ses étaient des travailleur.ses et non des entrepreneur.es indépendant.es, et qu’iels recevraient un salaire minimum et des avantages sociaux tels que les congés parentaux, maladie, les congés payés et un régime de retraite. La grève des employé.es Uber de 2018 a été le catalyseur de ce débat et, après des années d’efforts continus de la part des chauffeur.ses, celleux-ci ont finalement obtenu gain de cause.
Comme nous l’avons déjà dit, une grève générale des travailleuse.rs du sexe n’est qu’une étape parmi d’autres pour obtenir des droits. Nous ne nous attendons pas à ce que cette grève nous permette d’obtenir du jour au lendemain un salaire ou la décriminalisation du travail du sexe, ce serait idéaliste. Cependant, dans le contexte du service bar en particulier, la grève est une stratégie efficace. Cette dernière est un moyen pour réellement faire pression sur la direction pour qu’elle supprime le services bar. Il suffit que vous et vos collègues refusiez de travailler jusqu’à ce que vous n’ayez plus à payer ces frais. Après le 23 mai, vous et vos collègues pourriez décider de vous présenter au travail et de refuser de payer le service bar, ou encore continuer à faire grève jusqu’à ce que votre direction accepte de les abolir.
Nous pensons que le Grand Prix est le meilleur moment pour faire grève. Les clubs sont à leur plus fort achalandage: c’est la période la plus lucrative de l’année pour nos patrons. C’est donc le moment parfait pour frapper là où ça fait mal. Pendant cette période, malgré les gains plus importants réalisés par la direction, les danseuse.rs doivent supporter une série de nouvelles règles, une augmentation des frais de bar, des surréservations et, de manière générale, une détérioration de leurs conditions de travail.
Même si certaines font de bons revenus pendant le Grand Prix, nos patrons programment tellement de travailleuse.rs durant cette période que nos gains individuels diminuent. Cette surréservation se fait sans les mesures de sécurité supplémentaires nécessaires pour protéger ces travailleuse.rs, ce qui entraîne une augmentation de la violence à leur égard pendant ces périodes chargées et chaotiques. De plus, les frais de bar sont augmentés de manière exorbitante pendant la F1 et de nouvelles règles arbitraires sont souvent appliquées de manière stricte, avec des pénalités abusives. En 2025, un club de Montréal a facturé 110 dollars par nuit pour les cinq nuits de la F1. Avec une moyenne de 60 filles par nuit (une estimation basse), ce club a gagné environ 33 000 dollars rien qu’avec les danseuses qui ont franchi sa porte. Cela n’inclut pas les frais de retard et les pénalités que ces danseuse.rs ont pu être contraint.es de payer. Le modèle du service bar est une pratique abusive qui ne profite qu’aux patrons.
La F1 n’est pas seulement un moment symboliquement important pour une grève des TDS, mais aussi un moment matériellement important. Nous devons perturber ces pratiques de travail abusives, à un moment où les directions des clubs les utilisent le plus et en tirent le plus profit. C’est à nous, danseuse.rs, de lutter collectivement contre ces abus de la direction et de nous battre pour les conditions de travail que nous méritons!
C’est aussi le moment idéal pour attirer l’attention des médias. Chaque année, les féministes anti-travail du sexe se font particulièrement entendre pendant le Grand Prix pour promouvoir leur agenda abolo; notre grève sera l’occasion de proposer un contre-discours dans lequel les travailleuse.rs du sexe ont une capacité d’action et du pouvoir pour négocier leurs conditions. Tout en reconnaissant les violences dans nos milieux de travail, nous croyons que la solution passe par l’action collective des travailleuse.rs, et non par des interventions punitives de l’État.
Non! En fait, nous travaillons activement sur des revendications spécifiques pour les travailleuse.rs en salons de massage, en plus de nos revendications actuelles pour les strip clubs. De plus, en tant que danseuse.rs, nous couvrons divers domaines de l’industrie du sexe, qu’il s’agisse de travail en ligne ou de services complets. Cela ne s’applique pas à toustes, mais certain.es d’entre nous ont d’autres emplois dans l’industrie. Tout cela pour dire que notre objectif est que toustes les TDS s’organisent contre ceux qui tirent profit de nous. Qu’il s’agisse des TDS en ligne contre leur plateforme ou des escortes contre la direction de leur agence, nous rêvons d’un monde dans lequel toustes les TDS reprennent leurs droits en tant que travailleuse.rs!
Oui, les risques existent. Mais ne pas agir seule est essentiel! En s’organisant ensemble dès le départ, et en créant des liens de solidarité entre différents milieux de travail, on met en place des actions collectives pour se protéger des représailles patronales.
Les clubs qui se sont syndiqués aux États-Unis, le Lusty Lady et le Star Garden, ont vu certaines travailleuses plus militantes se faire congédier pour leur organisation. Mais c’est précisément cette injustice qui a renforcé la solidarité et mené aux premières conventions collectives, faisant avancer le mouvement. Cette solidarité a permis aux travailleuse.rs congédiées de retrouver leur emploi.
En résumé, oui, il peut y avoir des conséquences à faire grève, mais s’il n’y en avait pas, nous l’aurions fait depuis longtemps! S’opposer à nos employeurs comporte des risques, et parfois, entraîne des conséquences. Cependant, c’est une raison supplémentaire pour riposter plus fort et plus durement collectivement. Nous ne devons pas céder face aux tactiques d’intimidation et antisyndicales de notre direction! Après tout, nous savons toustes que sans les danseuse.rs, il n’y aurait pas de strip clubs.
Tout d’abord, vous devez réfléchir à qui sont vos ami.es et allié.es au sein du club, à qui faites-vous confiance? Il se peut que ce ne soit que deux ou trois de vos collègues, et c’est assez! Ensuite, vous et vos allié.es devez élaborer une stratégie pour mobiliser vos collègues en vue de la grève, ce qui signifie les rallier à vos revendications et à la grève en elle-même. Ce processus implique généralement d’instaurer une relation de confiance avec vos collègues et de vous ouvrir les un.es aux autres sur les problèmes que vous rencontrez sur votre milieu de travail. À terme, vous finirez peut-être par atteindre un stade où vous vous sentirez à l’aise pour aborder la grève et les revendications qui y sont associées avec vos collègues.
Au final, chaque club peut souhaiter participer à la grève de manière différente ou apporter sa touche personnelle aux revendications que nous proposons. Le CATS peut fournir des espaces et des activités auxquels les TDS en grève et leurs allié.es peuvent participer le jour de la grève, en plus de soutenir vos efforts de mobilisation avant et après la grève. Si vous et vos collègues ne vous sentez pas prêt.es à présenter vos revendications à vos patrons, mais que vous souhaitez tout de même participer à la grève, c’est aussi très bien! Nous encourageons vivement les gens à présenter leurs revendications à la direction le 23 mai, mais nous comprenons également que le calendrier de mobilisation variera d’un lieu de travail à l’autre.
Comme mentionné précédemment, nous avons choisi spécifiquement le moment de la F1 pour rendre nos revendications publiques dans les médias, mais nous réfléchissons également à d’autres stratégies pour nous assurer que nos revendications parviennent de manière anonyme à la direction du club et suscitent un débat sur ces demandes. Si la F1 n’est pas le moment opportun dans votre milieu de travail pour présenter ces revendications à votre boss en tant que collectif, nous espérons qu’elle servira de catalyseur pour que davantage de vos collègues se joignent à vous et se sentent à l’aise pour toute action future qui pourrait faire avancer ces revendications.
D’un autre côté, c’est peut-être une bonne occasion pour mener à bout vos efforts de mobilisation dans votre club, peut-être que vous et vos collègues êtes déjà en train d’élaborer la meilleure stratégie pour présenter vos revendications à la direction et/ou ce que vous comptez faire après le 23 mai si ces revendications ne sont pas répondues. Peu importe où vous en êtes dans votre mobilisation, nous vous souhaitons bonne chance dans cette lutte à nos côtés. Nous sommes vos collègues et vos amis, et nous nous mobilisons activement sur nos propres milieux de travail dans le but d’obtenir des conditions de travail plus sûres pour toustes.
Venez aux rencontres du CATS pour obtenir tous les outils de mobilisation (flyers, affiches, etc.) ou pour des conseils, nous sommes là pour vous aider! Rejoignez-nous le 23 mai pour perturber l’industrie du travail du sexe et appeler à la solidarité des TDS face aux abus patronaux. Ce travail a prouvé à chacun d’entre nous que nous sommes incroyablement fort.es et capables, et qu’en tant que collectif, nous avons le potentiel d’être imbattables ! Travailleuse.rs du sexe du monde entier, unissez-vous!
Le 23 mai, ne te présente pas au travail et encourage tes collègues à participer aux activités de grève.
Pour obtenir du matériel de mobilisation, écris-nous en message privé ou par courriel.