Salubrité et hygiène:
Les résultats de l’enquête au niveau de la propreté et de l’hygiène sont partagés en deux extrêmes: d’un côté, les personnes sont très satisfaites et de l’autre, elles sont répugnées.
Comme nous l’avons tout juste soulevé, les masseuse.rs prennent en charge une grande part du travail ménager dans les salons: après un rendez-vous, iels doivent désinfecter le matelas, changer les draps, vider la poubelle, mettre les serviettes à laver, ainsi que d’autres tâches de base. Un élément souvent mentionné est le manque d’équipements et d’outils de nettoyage, ce qui nuit à l’accomplissement de ces tâches.
En ce qui a trait aux activités d’entretien général des lieux, un constat est clair: celles-ci sont généralement bâclées. Parmi ces tâches, les participant.es ont nommé le nettoyage des douches, des miroirs, du sol et des espaces communs. Comme nous l’avons observé plus haut, les responsabilités et les rôles dans les salons de massage sont floues; cet ouvrage est rarement assigné à qui que ce soit. À l’exception d’un salon de massage qui embauche une femme de ménage aux deux semaines, le travail est généralement effectuées par les masseuse.rs ou parfois par la secrétaire, une réalité qui met en lumière le caractère genré du ménage. Plus encore, ce travail est effectué gratuitement: à part la rémunération directe des clients, aucune rétribution ne leur est accordée pour cette besogne répétitive d’entretien des lieux. Pourtant, le salon de massage reçoit un paiement du client pour la location de la chambre.
Certain.es ont témoigné d’une insalubrité extrême dans leur salon causée par des infestations de rats et de punaises de lit, de la moisissure, des infiltrations d’eau, des fissures au plafond et sur le sol, etc. Face à cet environnement de travail nocif, les plaintes des masseuse.rs sont rarement entendues: soit le patron ignore simplement leurs demandes, soit il fait le travail à moitié.
Violences et insécurité au travail :
Les violences vécues en salon de massage sont multiples et prennent parfois des formes insidieuses. Toustes les répondant.es ont vécu des violences, celles-ci étant de la part des clients, des secrétaires, des patron.nes, et plus rarement, de leurs collègues ou de la police.
Les clients dans les salons de massage sont les premiers à utiliser la violence. Les actes les plus souvent rapportés sont les agressions sexuelles et physiques: imposer des gestes non négociés préalablement, retirer ou tenter de retirer le condom, étouffer, restreindre et frapper. Plusieurs répondant.es ont également soulevé le caractère économique des abus, tel que le refus de payer, la négociation des tarifs et le vol. Plus encore, les violences psychologiques et verbales, telles que le dénigrement, les menaces de mort, les propos racistes, homophobes et mysogines, sont courantes.
De la part de la gestion, c’est-à-dire des secrétaires et des boss, les violences qui nous ont été raportées sont surtout économiques, verbales et psychologiques. Un élément qui est revenu maintes fois sont les sanctions économiques imposées par le patron. À un des salons de massage, le patron imposait une amende de 20$ si l’emballage d’un condom était oublié dans la salle. D’autres abus patronaux rapportés par les masseuse.rs sont des pratiques interdites par les normes du travail: obligation de travailler de plus longs shifts, défense de sortir à l'extérieur durant l'entièreté du quart de travail, harcèlement, fermeture du salon sans préavis, renvoi airbitraire, surveillance par micro des espaces communs, agressions, etc. Plusieurs masseuse.rs ont décidé de partir de leur propre chef, tanné.es de se faire dénigrer sur leur physique. Les poils, les cheveux, le port des talons hauts, la lingerie, le maquillage: les masseuse.rs doivent se conformer aux standards de la féminité imposés par le patron et la secrétaire.
Plus rarement, le sentiment d’insécurité provient des comportements des collègues. Certain.es répondant.es ont nommé que la whorearchy3
créé des rapports de pouvoir entre les masseuse.rs «décent.es» et celleux qui sont méprisé.es pour leurs pratiques. Ces actes sont parfois jugés comme sales et impurs, d’autres fois comme une façon d’avoir tous les clients.
Enfin, des éléments externes au salon de massage peuvent créer de l’insécurité pour les travailleuse.rs. Notamment, certaines ont mentionné la surveillance constante de la police, celle-ci prenant parfois en photo les plaques d’immatriculation des masseuse.rs. Certain.es masseuse.rs ont témoigné des descentes dans leur salon, la police se faisant passer pour des clients pour obtenir des services.